LA PEDAGOGIE DE CONTRAT
Halina PRESZMYCKI
Transcription de lenregistrement audio de la conférence donnée par Madame Halina PRESZMYCKI, sur la PEDAGOGIE de CONTRAT le mercredi 27 mars 1997 à la salle de conférences du lycée Auguste RENOIR à Limoges.
Cest le 27 mars 1997 à linitiative dun groupe de professeurs formateurs à la M.A.F.P.E.N. (le G.R.A.P.A. : Groupe de Recherche Action Pour les Pédagogies de lAutonomie) sous légide du C.R.D.P. qua eu lieu la conférence dHalina PRESZMYCKI sur la pédagogie de contrat.
Halina PRESZMYCKI est professeur dHistoire-Géographie, aujourdhui formatrice à la M.A.F.P.E.N. de Créteil en Pédagogie Différenciée, Evaluation Formatrice, Education à la Citoyenneté par la négociation contractuelle, bien sur en Pédagogie de Contrat. Elle travail aussi pour le primaire sur la liaison cycle III /6éme. Actuellement elle travaille en accompagnement déquipes dans le cadre dun contrat ministériel sur l »innovation et la valorisation de la réussite et sur la violence. Elle anime des ateliers déducation à la citoyenneté. Elle a une formation en Analyse Transactionnelle et suit actuellement une formation avec un psychothérapeute pour devenir psychopédagogue.
Ses ouvrages publiés chez Hachette dans la collection Education sont :
-La Pédagogie Différenciée.
-La Pédagogie de Contrat
-Apprendre à apprendre en études dirigées. (en préparation)
Dans lintroduction de son ouvrage sur la Pédagogie de Contrat, Halina PRESZMYCKI présente cette pédagogie comme une « structuration originale des relations entre les enseignés et les enseignants différente de celle habituellement instaurée en classe ». Elle dit aussi : « que cest un outil contre léchec scolaire qui représente un espoir de libération pour les élèves captifs de cet échec, et une ouverture pour lavenir de lenseignement en France devenu parfois si difficile dans certaines régions ».
Je voudrais dire que jai personnellement utilisé cette pédagogie de contrat selon lauteur avec des classes où les élèves étaient loin dêtre en échec et quils ont beaucoup apprécié de pouvoir négocier leurs objectifs de réussite ainsi que lévaluation de cette réussite.
La Pédagogie de Contrat est prétendument utilisée en E.P.S. où lon pourrait facilement lassimiler à une manipulation des élèves par lenseignant, car tout contrat dont on ne négocierait pas les objectifs de réussite, les échéances pour la réussite, lévaluation de la réussite, ne serait pas un contrat authentique, mais bien une manipulation. Ceci dit, il va sans dire que les collègues qui utilisent leurs contrats avec leurs élèves en particulier en course de durée le font bien sûr, en toute bonne foi, et sans démagogie aucune, et encore moins dans lintention de les manipuler. Utiliser la Pédagogie de Contrat demande une démarche méthodologique spécifique donc un mode demploi est nécessaire.
(Patricia COHEN)
Intervention de Halina PRESZWYCKI
Je voulais vous proposer de réfléchir ensemble sur ce quest la Pédagogie de Contrat, sur ce que ça veut dire. Si vous êtes là aujourdhui cest peut être parce que vous en avez déjà une idée où que vous en attendez des idées. Nous verrons comment nous allons nous positionner ensemble par rapport à cela. Je vous propose une définition que jai construite en stage avec des collègues, puisque je suis formatrice sur ce thème entre autres.
Dune façon très simple, sans aller jusquà une définition trop « jargonnante », je vous propose de dire que la Pédagogie de Contrat cest la contractualisation du travail scolaire des élèves. Cest tout simple de dire cela, mais de le dire entraîne un bouleversement total du cadre de référence. En effet, nous avons tous (je dis tous car je suppose que vous êtes tous ici dans le domaine de lenseignement) des contenus denseignement que linstitution nous demande denseigner à nos élèves ; lacquisition de ces contenus, avec des degrés de réussite divers est un objectif de lenseignement, même un but, cest à dire quil faut amener le maximum délèves à réussir dans lacquisition de savoirs, de savoir-faire, peut être de savoir être parfois, cest à dire de comportements jugés adéquats ou inadéquats par rapport à leur réussite scolaire et puis je rajoute aussi du savoir penser ; cest un peu différent de ce que lon entend dhabitude, mais jaime bien rajouter ce savoir penser même si la pensée cest aussi une activité, donc peut-être un savoir-faire.
Par rapport à cela, nous avons donc un but très précis qui est damener le maximum délèves dans cette acquisition de contenus. Les démarches habituelles, toutes les pédagogies possibles comme la pédagogie magistrale, la pédagogie différenciée, la pédagogie de projet, tout ce que nous pouvons mettre en place et que nous connaissons, la pluridisciplinarité, laide méthodologique, toutes ces voies différentes ont ce but, jen propose une autre qui est de contractualiser le contenu et cest là quest vraiment le bouleversement, car cest vrai que cela demande aux enseignants de changer de cadre de référence, de façon extrêmement brutale parfois.
Ceci dit, je vais proposer une définition et nous en discuterons. Quen pensez-vous et que pensez-vous que ça entraîne comme conséquences pédagogiques ? Cest à dire quest-ce quil faut faire par rapport à cette définition si on en est daccord ?
Je dirai donc que la pédagogie de contrat est une pédagogie qui organise des situations dapprentissage ; bien sur cest banal de dire cela puisque cest lobjet même de la pédagogie mais je rajouterai où il y a un accord négocié mutuel. Premier point. Mais quest-ce que cest quun accord négocié mutuel ? Cela engendre beaucoup de perspectives ; on emploie aussi le mot consentement mais accord est plus simple ; mutuel indique la réciprocité ; quel degré de réciprocité est possible avec les élèves ? Négocié renvoie à une méthodologie précise et rigoureuse. Donc un accord négocié mutuel et je rajoute ici entre partenaires ce qui ouvre une autre perspective encore : quest-ce que cela veut dire être partenaires ? (dans nimporte quelle relation cela a un sens) Et qui se reconnaissent comme tels.
Rappel de la définition : la pédagogie de contrat est une pédagogie qui organise des situations dapprentissage où il y a un accord négocié mutuel entre partenaires qui se reconnaissent comme tels.
Lidée de reconnaître lautre comme partenaire, ce nest pas seulement lêtre, mais cest aussi comprendre lautre comme tel, tout cela pour réaliser un objectif scolaire ou cognitif (acquisitions de savoirs) ou bien aussi un objectif méthodologique (cela peut être un savoir-faire : nous allons avec les élèves négocier par exemple comment mieux lire une carte ou comprendre une consigne), ou encore un objectif comportemental (donc de savoir être). Je rajoute savoir penser, mais cest compris dans les trois autres. Donc cest vraiment pour réaliser quelque chose. Il y a donc là un éclairage nouveau sur le contrat comme outil qui porte sur la démarche, sur le déroulement de lactivité, plutôt que sur son contenu et que sur son résultat.
Nous pouvons donc dire que la contractualisation dun contenu cest vraiment un processus, une démarche, un mouvement, un déroulement. Quel que soit le résultat cest à dire que lélève fasse ou ne fasse pas ce que nous avons ou ce quil a décidé de faire, je pense que ce qui est le plus formateur, le plus intéressant pour le devenir, pour le développement de lélève (aussi bien son développement psychologique quintellectuel et cest donc bien notre rôle que de laide, laccompagner dans ces deux versants de son développement), cest la négociation elle-même, cest à dire la démarche pendant laquelle nous allons décider, formuler, réfléchir, proposer ensemble.
Il y a là une idée que je trouve importante qui est de privilégier plutôt le processus cest à dire la démarche utilisée, ici la négociation, plutôt que le contenu cest à dire à la fois le résultat, mais aussi de temps en temps sans que cela soit exclusif, le contenu : « est-ce quils ont traité ou non, etc. . . » et là cest du domaine du résultat, de lévaluation du résultat. Quelles conséquences chacun des termes de cette définition entraîne-t-il de façon pratique dans la classe avec les élèves ? Prenons les mots « accord négocié mutuel ».
Tout dabord lidée daccord. Quest-ce que cela entraîne dans la classe sur le plan pratique, méthodologique, pédagogique, sachant que le produit final de la négociation cest laccord ?
Il y a échange dinformations puis proposition dun projet, ensuite acceptation et décision, car si un accord existe, quelque chose est décidé ; donc il y a un choix et une décision. Sur le plan pratique on réfléchira, si on accepte la pédagogie de contrat, à arriver à ce quil y ait des décisions claires prises par les élèves avec lenseignant ou sans lui (cela dépendra des cas), avec toutes les conditions de la réalisation de ces décisions.
Voyons maintenant lidée de mutuel. Elle nest pas très courante chez les enseignants ; donc comme je le disais précédemment cest la réciprocité. Dans la négociation deux parties contractantes sont en présence : lélève ou la classe et le professeur ; là encore sur le plan pratique que faut-il mettre en oeuvre pour que laccord soit mutuel, pour quil y ait réciprocité vraie ? On sollicite limplication de lautre en lui donnant la parole.
Or en classe cest surtout ladulte qui a la parole et qui la gère. Il faudra alors réfléchir aux moments, au temps dont on dispose, aux stratégies à mettre en place pour faire parler les élèves ; il faudra donc quil y ait échange dinformations. A ce moment là, la stratégie la plus intéressante à mettre en place est une stratégie de dialogue, même si dialogue renvoie à « deux » je pense que cest transférable à la classe. Cela nous renvoie à quelque chose de très précis au niveau méthodologique.
Sur un plan pratique quest-ce que cela veut dire ? Dans « dialogue » on voit surtout le niveau relationnel : on sécoute, on est respectueux de la parole de lautre ; mais sur le plan pratique comment faire respecter la parole de lautre ? Il faut repartir dans léchange, de la réponse de lélève, en évitant de partir sur autre chose comme souvent nous le faisons car nous navons pas le temps (il y a le programme, etc...), et même sil faut faire un très gros effort, il faut accepter la réponse de lélève et quelle quelle soit en partir pour continuer à parler, à discuter ensemble.
Un moyen utilisé dans la méthodologie de lentretien est la reformulation qui permet aussi de dire quil ny a pas eu de réponse à telle question par exemple, de demander à lélève ce qui a pu le gêner, etc. . . Cela permet de lancer de que jappelle un message implicite très puissant qui est que je considère lautre comme mon partenaire.
Réciprocité, signifie aussi considérer lélève (je me situe ici dans cette perspective car la pédagogie de contrat peut se mettre en place avec des adultes) comme partenaire. Cela peut paraître évident puisque cest lui lapprenant mais dans les faits, au sein de la classe, cest lenseignant qui est lacteur principal. Cest lui qui organise, qui donne les consignes, qui gère le temps, qui gère aussi quelque chose de fantastique dans une classe : le pouvoir de revenir en arrière, de stopper, de se dire ça ne passe plus ; cest ce quon appelle en pédagogie la réversibilité.
Cest un des fondements dun apprentissage réussi. Or pour les élèves, les moments du besoin éventuel du retour en arrière sont bien différents. Cette possibilité pour lélève de choisir son moment est rarement mise en place dans notre pédagogie, une fois encore, cest lenseignant qui gère.
Donc lidée de réciprocité dans un accord, cest lidée que lélève est partenaire de lapprentissage, cest à dire quil prend sa part de lapprentissage, et cest donc à nous de faire en sorte quil la prenne. Je mexplique : Habituellement lélève prend sa part en répondant aux questions, en allant au tableau quand on le lui demande, en effectuant les consignes diverses et variées de lenseignant (écrivez, taisez-vous, faites ou ne faites pas. . .) il est toujours dans le faire, dans lexécution, mais nous savons aujourdhui quil ny a pas que cela et donc prendre da part dans lapprentissage, se serait peut-être justement de lui demander ce quil en pense, lui donner la parole. Prendre sa part, cest simpliquer, cest prendre une responsabilité, cest proposer, cest exprimer une opinion, une idée, une connaissance ; partager cest aussi partager des activités, des tâches, des actions ; ce nest pas forcément toujours le professeur qui sait et qui va faire.
Maintenant, « entre partenaires qui se reconnaissent comme tels » et « négocié », quelle signification donnez-vous à ces notions dans le cadre de référence qui nous intéresse ? Quels seraient les éléments fondateurs, de la négociation en pédagogie ?
Je dirai que le consensus, cest laccord mutuel négocié, cest donc le résultat que lon va obtenir grâce à la négociation, cest le résultat de tout le processus de négociation même si celle-ci ne dure que dix minutes. Par contre négocier, lacte même de négocier, quest-ce que ça veut dire sur un plan méthodologique, cest à dire par rapport au comportement visible de lélève, ce quil va faire, mais aussi sur le plan intellectuel cest à dire dans son processus mental dans sa façon de penser de réfléchir, ensuite de communiquer aux autres, de faire, dagir (voyez ici les différents volets dapprendre), pour résumer, que va-t-il faire dans une situation de négociation ?
Plus précisément il échangera des informations à partir de la confrontation qui est une opération fondamentale, cest à dire ici, confronter des représentations différentes, des points de vue différents, des attentes différentes, des contenus, des connaissances différentes et dégager à partir des informations obtenues lors de léchange, ce qui est commun et ce qui est différent aux deux approches, aux deux perspectives, aux deux représentations (des deux parties en négociations).
Lopération suivante est celle de la prise de décision ; en effet après avoir échangé des informations donc confronté, il faut prendre des décisions. Cest donc choisir et décider de réaliser ce choix, penser à sa mise en place car il ne faut pas oublier que lon est dans la pédagogie de contrat, pas simplement dans des relations contractuelles comme celles qui peuvent se vivre au sein dun couple, ou en amitié par exemple. La contractualisation se situe bien au coeur de la relation pédagogique, celle qui nous amène à conduire lélève dans son acquisition de connaissances, dans la construction de ses savoirs, dans le but de réussir sa scolarité. Cest bien pour réaliser quelque chose, apprendre entre autres. Il faut déboucher sur des choix, et des décisions. Or je distingue les deux.
Jai remarqué que très souvent on emploie tous ces mots les uns pour les autres : choisir, décider, réaliser ; même sil est vrai que tout cela va ensemble, ce nest pas pareil. En effet il y a, à un moment donné, dans la négociation de contrat avec des élèves, un principe très important qui est le principe de réalité. Les ramener dans la réalité de ce qui est réalisable ou non après avoir mené la négociation, cest à dire après avoir exploré les attentes, échangé les envies, comparé après avoir choisi. En fait ramener la réalité externe, dans la réalité interne de lélève.
Nous allons voir maintenant quelles sont les bases théoriques qui légitiment cette pédagogie de contrat telle que je vous la présente, ainsi que les principes qui la fondent car ils sont directement liés à tout ce que je viens de dire. Principes quil faudra prendre le temps de clarifier si vous vous lancez dans la pédagogie de contrat.
PREMIER PRINCIPE :
Le consentement mutuel. Sil ny a pas consentement mutuel, je ne pense pas que ce soit un vrai contrat. Ce sont « des contrats contrainte ». A ce moment là pour moi cela devient une façon beaucoup plus intelligente et perverse de dominer lélève que notre pédagogie habituelle, doù la nécessité de ce consentement mutuel. Car ladulte lui aussi, non seulement consent, mais il est daccord et va ainsi décider avec lélève, je dirai que cest un accompagnement mutuel.
DEUXIEME PRINCIPE :
La reconnaissance positive de lélève. Cela aussi cest difficile pour nous, même si ce que je dis vous étonne et que vous me dites que cela fait partie de vos idéaux. Mais concrètement, dans la classe, quest-ce que nous véhiculons et cela pendant des années, pas seulement dans le moment présent, précis, que lélève vit avec nous, mais que lui vit, je pense depuis la sortie de la maternelle. Comment et à travers quoi le reconnaissons nous, à travers quelle pratique pédagogique la plus fréquente ; tout simplement et pratiquement à travers lévaluation. Linstitution reconnaît lélève par ses résultats.
Depuis tout petit, lélève est reconnu au travers de cette modalité la plus fréquente qui est dévaluer ses résultats. Or la problématique de base de lévaluation telle quelle est pratiquée actuellement en France, cest la plupart du temps, repérer, cerner dabord ce qui ne va pas : le manque. On remonte en amont, on dit : « cela, ça va », « cela nest pas juste » et nous allons dans notre corrigé compter le nombre de fautes et donner un nombre de points. Il est très rare de commercer par repérer ce qui va, ce qui est juste, et justement ça cest un changement de cadre de référence et de pédagogie qui se met en place actuellement dans beaucoup dendroits et qui est de considérer lévaluation non pas comme un bilan de ce qui va ou qui ne va pas mais plutôt comme un outil de formation. Evaluer fait alors partie dapprendre : cest lévaluation formatrice. Ainsi cest considérer que lévaluation peut sappuyer sur les points forts, sur ce qui va être gardé voire enrichi ; puis ce nest quensuite que les points faibles seront examinés, corrigés, transformés, améliorés.
Donc le contrat est un outil pour la reconnaissance positive de lélève, cest à dire quau lieu de le reconnaître uniquement par lévaluation qui part du manque, cest une autre façon de considérer les choses. Ce quil faut savoir, cest que la reconnaissance est un besoin fondamental de tout être humain quelle soit positive ou négative. Pour exister à nos yeux, lélève a besoin dêtre reconnu même négativement. Ceux qui sont habitués à être reconnus négativement font souvent tout ou presque, pour continuer dans ce fonctionnement. Même si vous le mettez dehors, lélève existe à vos yeux et cest lessentiel pour lui.
Là ou il y a une différence pour la réussite des élèves, cest que par la reconnaissance positive nous allons susciter chez eux le désir de faire, donc la motivation de réussir. La pédagogie de contrat est un outil fantastique de reconnaissance positive. Imaginez ce que cela veut dire pour un jeune que de voir son professeur lui proposer de négocier un objectif de contenu, de négocier léchange, de négocier les moyens de la mise en place, de négocier les supports et surtout de négocier lévaluation et les critères dévaluation.
Or cest là lextraordinaire, car cest à ce moment que lon voit le déclic se produire dans les yeux des élèves. Pour nous, il faudra alors, quelles que soient les réponses des élèves, ou de lélève, pendant le temps de la discussion, de la négociation, ne pas porter de jugement, même si nous en avons un, car se serait contraire au principe de reconnaissance positive, cest à dire que quoiquil fasse, quoiquil dise, nous allons laccepter sauf et là cela posera les limites du contrat, lesquelles limites, elles, ne seront pas négociables ; il faudra alors les poser clairement, après les avoir éventuellement discutées. Je vous donne un exemple de limites que javais posées lors dune négociation : « je naccepte pas les injures racistes », et jai dit aux élèves : « vous pouvez tout me dire sauf ça » ; mais cela veut dire que je mavance, que je mimplique, que vous sommes donc réellement partenaires et ainsi je dis mes limites, en rappelant ce qui peut être négocié et ce qui ne peut pas lêtre.
TROISIEME PRINCIPE :
Lengagement réciproque. Là je dis engagement, je fais très attention à ce mot, cest à dire que ladulte sengage aussi. Par exemple : « je suis prêt(e) à te recevoir tous les mardis à telle heure, ou quand tu auras besoin, ou tu pourras venir me voir dans ma classe, etc. . . » donc on savance un peu mais en même temps on fait un pas de plus sur le chemin, et cela me semble très important.
QUATRIEME PRINCIPE :
Négocier le plus possible déléments de lobjectif visé par le contrat. Là jai un peu changé car je disais tous les éléments du contrat, mais je pense quil y a des éléments qui ne sont pas négociables, tout dépend du type de contrat. En effet, il y a des contrats différents selon les finalités. Cela peut être le contrat de pédagogie différenciée, le contrat sur un contenu, ou lobjectif à négocier, ne peut pas, être changé. Par exemple en histoire-géographie
Dans une stratégie de pédagogie différenciée, jai encore deux ou trois élèves qui nont toujours pas compris, appris, « lImpérialisme ». Je vais, avec eux, négocier, cest à dire que je vais prendre le temps, que je sais faire (négocier), je vais donc négocier avec eux la réalisation de cette acquisition de savoir car « lImpérialisme » je ne peux pas le changer cest comme ça, cest un savoir à acquérir. Donc ce que je vais négocier cest la réalisation de lobjectif ; là il y a des points clé sur lesquels il est possible de négocier, sur lesquels nous pouvons lâcher du lest, du pouvoir ; cest par exemple la formulation et les moyens pour réaliser la formulation de lobjectif. Lobjectif non négociable cest apprendre lImpérialisme ! Ce que je peux négocier cest : à travers quels supports, quels moyens, à travers quelle approche, etc. . .
Ensuite deuxième chose qui peut être négociée à mon avis et qui est très importante à voir avec des élèves et à discuter, ce sont les critères de réussite, les critères dévaluation. Là aussi cest un peu difficile et différent, mais il y a là une piste intéressante car lorsquon en est à mettre à plat les critères de réussite dun apprentissage, on est en fait en train de décrire lapprentissage et rien que cela, cela peut être de la formation, cela peut être lapprentissage lui-même. Amener les élèves à réfléchir sur ce qui permet de voir quun objectif négocié est réalisé, quun contrat est réussi, cest à dire essayer de voir ce qui indique la réussite, cest déjà décrire lapprentissage : « jai fait, je nai pas fait, je lai fait de telle manière ou de telle autre manière ». Donc il est très important de négocier tous les éléments de lévaluation.
Un autre point clé de la négociation des éléments de lapprentissage visé, cest le temps.
En général, le temps, cest nous qui le gérons complètement, les élèves ont rarement droit à la parole par rapport à cela. Sauf quand de façon libérale et sympathique nous reconnaissons quils ont beaucoup de travail et que nous sommes daccord pour repousser un contrôle dune semaine, et cest tout.
En général ça ne va pas très loin ; et cela, je trouve que cest un manque important dans la scolarité car en fait on ségosille auprès de nos élèves en leur disant que gérer son temps, ça fait partie dapprendre et jamais on ne leur laisse gérer le temps de travail.
Tandis que la pédagogie de contrat (il ny a pas quelle) cest un petit moment où lon prend le temps de laisser les élèves proposer des gestions de temps. Et cela ne peut se faire que si au préalable on a échangé des informations. Négocier par exemple léchéance dun contrat, donc sa durée, les moments où lon va se revoir, pour faire le point ou éventuellement renégocier le contrat, faire des mini évaluations intermédiaires, etc. . . ça ne peut se décider de façon autonome de la part de lélève ou des élèves que si il y a déjà un maximum dinformations. Et plus précisément, cela ne peut être fait que lorsque lon a déjà négocié une grande partie de la réalisation de lobjectif.
Voilà ce que je voulais dire sur les quatre principes.
Par rapport à ce que je viens de dire, avez-vous des questions à poser ?
« Est-ce quil est possible de présenter à des élèves de C.M.2 les objectifs de lannée au regard de lentrée en sixième ? ».
H. P. : Bien sûr et dans la perspective dune négociation ; en présentant les objectifs vous donnez une règle du jeu qui est : « voilà ce que linstitution attend de vous, ses exigences ». Là vous êtes dans le cadre de référence qui est de considérer les élèves comme des partenaires ; il est évident que nous avons une relation inégale avec les élèves, mais là on essaye de construire une relation de partenaires même si nous sommes inégaux.
« Cest aussi donner du sens aux apprentissages, que lon a un but, et que lon tend vers ce but ».
H. P. : Je prends les mots « donner du sens » ; déjà dire donner du sens, cest une autre perspective que la contractualisation, que la négociation de contrat, car, dans la négociation de contrat cela sera plutôt faire apparaître du sens, faire émerger le sens ensemble, en interaction. Bien sur, ce nest pas lélève qui va tout retrouver, nous sommes là nous aussi, et cest dans léchange que cela se fera. Il marrive de dire ; « donner du sens », mais nos mots sont révélateurs de notre cadre de référence, et dire « donner », suppose que cest encore nous qui savons et qui allons dire aux élèves : « voilà la signification, voilà le but, voilà où nous allons » ; alors que ce serait à eux de découvrir.
Je reprends cette idée de « sens » : toujours se demander à quoi sert de négocier un contrat avec les élèves, et avec eux toujours leur demander à quoi sert ce quils proposent dans la négociation : « à quoi cela va te servir, est-ce que cela va taider à réussir mieux ou au contraire te gêner dans cette réussite ? »
Nous posons peu ces questions là, et lidée de demander à quoi ça sert renvoie à la question du sens et cest très structurant. Cest là le deuxième besoin fondamental existentiel de tous les êtres humains.
Pour quun élève aie envie dapprendre, et réussisse, il faut quil soit satisfait dans son besoin de structure. La structure, cest ce qui permet de se protéger du danger ; vous retrouvez lidée de vie et de mort. Se protéger du danger cest, entre autre, trouver du sens dans lenvironnement. Or enseigner nest-il pas poser des grilles de lecture du monde : grille de lecture des maths, de langlais, etc. . .
Cest ce que nous proposons à nos élèves lorsquon leur enseigne des contenus, des savoirs, des savoir-faire. Ce sont des façons de réorganiser ce monde qui est un peu confus, parfois chaotique pour certains dentre eux, surtout lorsquils sont petits. En donnant du sens, nous les aidons à se structurer, pas seulement psychologiquement comme on le pense immédiatement, mais aussi intellectuellement. Je trouve cela très important car il ne faut pas être trop dans le versant affectif, psychologique, relationnel et social. Cest là encore une déformation de la pédagogie de contrat où on pense trop à la relation dempathie, découte active, de respect, de reconnaissance positive et même si cela est très important et fait partie dun tout, il nen nest pas moins vrai que cest de la pédagogie, cest à dire que lon apprend, donc on réfléchit, on comprend, on analyse, on synthétise, on compare, on trie, etc. . Tous les processus intellectuels sont en jeu.
« Est-ce que vous pensez que selon lâge on peut avoir un véritable engagement mutuel chez des enfants de maternelle comme chez des adolescents? Est-ce que le contrat est possible dans la mesure où il y a relation de dominant à dominé, où un parent a le pouvoir sur son enfant, un enseignant sur le jeune. Jai eu des discussions pendant lesquelles on ma parlé de démagogie voire même de manipulation et donc je demanderai : à quel moment on se préserve de ce danger là ? »
H. P. : Il est bien évident que lengagement nest pas le même avec un enfant de maternelle et avec un adolescent. Lengagement nest pas le même selon lâge, selon le contexte, selon lobjectif, selon le moment. Cest à contextualiser. A tout ce que je suis en train de vous dire même très vite, même de façon un peu magistrale, jaimerai rajouter que là aussi par rapport à lengagement il y a une perversion : on considère lengagement en adulte. Ce nest pas comme cela quil faut considérer les choses. Il y a des degrés dintensité variables selon les être humains dans lengagement.
Sengager quest-ce que cela veut dire ? Cest mettre de lénergie dans, « cest sengager à » et cest pourquoi je propose denlever ce mot dans les contrats et que je propose de dire : « je décide de. . . , nous décidons de . . . en fonction de tous ces paramètres, de tous ces éléments il a été convenu de. . . ». Le mot engagement est en filigrane. Cest déjà au niveau psychologique et moral et donc il est certain quun enfant de deux ans, de huit ans, de dix ans, de trente ans, ne sengagera pas de la même façon. Tout est dans la légitimation de ce que lon propose à lenfant, à lélève.
Allons plus loin sur : « parent/domination » sur « démagogie, manipulation », etc. . . Le parent a un rôle de protection de lenfant et non de domination de lenfant.
Or la relation habituelle dans la classe est plutôt un rapport dominant dominé, et nous avons des moyens plus ou moins intelligents, souples et subtils de garder cette relation. Or la pédagogie de contrat, par cette contractualisation des objectifs, est un réel bouleversement, un changement. On glisse dune représentation à une autre qui nest pas : « moi je sais donc je te propose, je te montre, je donne un peu, je texplique puis je garde les rennes » ; mais cest : « regardons ensemble ». Cest pour cela que la pédagogie de contrat suscite des résistances, des peurs, des blocages, cest pour cela que lon dira « démagogie, manipulation ».
Il est évident que ce dispositif pose le problème du pouvoir dans la classe, mais le pouvoir cest nous qui laurons toujours, puisque de toute façon cest nous qui proposons le contrat. Il est rarissime que ce soit les élèves qui le demandent. Cela arrive parfois, mais dans le cas particulier de lanalyse transactionnelle par exemple. Cest nous qui gérons tout cela, qui pensons, qui proposons, qui donnons les consignes donc nous gardons le pouvoir. Là où nous le déplaçons un peu, cest sur lévaluation, lorsque nous parlons de négociation des critères.
Je parlerai maintenant des bases théoriques qui légitiment lidée de négocier.
Premier éclairage qui est en train dapparaître de plus en plus dans les travaux sur lapprentissage. Apprendre, le processus intellectuel mis en place lorsquon est en train dapprendre, cest de la négociation. Cest à dire, que comme vous le savez cest confronter des représentations différentes et les reconstruire autrement. Cest rapidement parler du conflit socio-cognitif, vous retrouvez là, la première étape de la négociation. On échange des informations, on confronte des représentations différentes et cest déjà une négociation.
Ainsi au coeur de lapprentissage, il y a décision de garder des éléments, des anciennes représentations, et den abandonner dautres. Pour garder ou abandonner il est nécessaire davoir des références.
Un exemple : les élèves de 6ème qui continuent à calculer comme au C.M., même si ce nest pas très gratifiant et même si on leur démontre quil y a dautres moyens de faire, ils ont lhabitude de lancienne représentation, cela les sécurisent, donc ils continuent à garder lancienne représentation et nacceptent pas ou très difficilement la nouvelle représentation.
A chaque fois apprendre cest abandonner, garder, et reconstruire avec ce que lon a gardé et ce que lon va prendre dune autre représentation. Vous retrouvez un cheminement, une stratégie mini négociatrice. Cela cest léclairage piagétien de la construction du savoir. Il y a une autre perspective : celle de linteraction, pour apprendre. Ce nest pas seulement avec les autres, ni avec un tiers cest à dire le contenu, mais cest aussi linteraction avec soi même, une interaction interne.
Les travaux actuels de la faculté dAix tendent à montrer que cest vraiment dans linteraction entre deux élèves, par exemple en paires, quil y a apprentissage à travers des mini négociations. Il faut simplement que ce soit fait dans un cadre très structuré, très sécurisant. En effet mettre des élèves dans la situation déstabilisante de linteraction, nest pas forcément toujours très bien. Il faut quil y ait un cadre en même temps des références, des réponses et la pédagogie de contrat est là tout à fait indiquée.
Je passe maintenant à la méthodologie de cette pédagogie.
Il est important que le contrat soit écrit car cela permet de poser la question de : « à quoi ça sert ? » Et je pense que cela aussi doit être négocié avec les élèves. Quest-ce quon écrit, tout ou partie, et cela se discute avec lélève, se négocie. Cest à dire quil y a des décisions à prendre par rapport à cela, tandis que, une des tendances que lon a, même lorsquon est quelquun qui pense le contrat authentique, est de proposer tout de suite une feuille, comme celle que je vous ai distribué. On a plus quà la remplir avec les élèves. Pour moi ce nest quun point de repères pour penser à négocier les éléments montrés ici, avec les élèves.
La première étape, je lai appelé, lanalyse exploratoire de la situation. Jemploie un mot à la fois vaque et précis. Précis, cest lanalyse exploratoire, vague, cest la situation, cest à dire que tout peut- être traité là. Cest vraiment léchange dinformations, lexplicitation, la clarification, le réajustement dinformations. Par exemple, les élèves se font des idées sur un problème. Vous vous allez apporter des réajustements.
Quel est le but de cette analyse exploratoire ? Cest damener un élève à formuler lobjectif du contrat et non pas que vous le proposiez. En général on la déjà dans nos esprits. On propose un contrat à des élèves, parce que nous avons des finalités, un but, et nous avons peut-être même lidée de lobjectif.
Mais lanalyse exploratoire peut tout remettre en question. Ce qui va être le plus important dans la pédagogie de contrat, cest la formulation de lobjectif élaboré en commun.
Il arrive que pour des élèves en très grande difficulté, très passifs ou très violents, cela puisse être un déclencheur et une mise à plat tranquille, dans la sécurité et la gentillesse, dans lécoute de problèmes graves. On formule alors un objectif et on laisse « reposer ». « On peut se retrouver dans quinze jours, on verra, tu y réfléchis ». Ou bien vous lancez des pistes : « essaies de trouver des supports, des moyens, comment pourrais-tu faire ? Réfléchis, on se revoit dans dix jours ». On soriente donc vers la recherche de solutions.
Lanalyse exploratoire permet de relever les points clés ensemble, cest à dire relever les raisons qui ont conduit à faire ce contrat, et vous amène à en donner la finalité. Vous êtes soucieux, vous vous inquiétez de leur réussite ou bien le professeur principal vous dit que cest insupportable. Face à un élève qui napprend jamais ses leçons, on peut obtenir de lui, après lanalyse conjointe de la situation, après la négociation, quil les apprenne au moins une fois sur trois.
Cela peut paraître difficilement acceptable du point de vue de lenseignant, mais on ne peut pas toujours demander de réaliser une tâche, parfaitement et tout le temps, cest totalement inhumain. . . Le toujours et le jamais , le tout et le rien sont difficilement faisables. Si on me dit de ne plus manger de chocolat, je vais me précipiter partout et en manger !
Regardez dans vos grilles dévaluation combien de fois il est écrit : tout, tout le temps, etc. . . On est toujours dans cette perspective du tout ou rien. Et bien non, la réalité est entre les deux. Et pour amener les élèves à faire vraiment les choses, et donc peut-être à se donner les moyens de la réussite, il faut être modeste et proposer quelque chose qui est entre les deux.
Je voulais préciser que dans lexemple que je donnais de la leçon une fois sur trois, cest lélève qui en est arrivé à me faire cette proposition. Il est vrai que ce ne fut pas évident pour moi de laccepter car je sortais alors de mon cadre habituel de référence, celui de tout ou rien, tout est important en histoire mais jai accepté.
Et cest là que vraiment on voit lacceptation mutuelle, le consentement mutuel, la reconnaissance positive mutuelle réciproque.
Les difficultés et problèmes rencontrés et les réussites
Je propose maintenant de commercer par les réussites. Quand je parle de réussites je parle aussi de réussites extra-scolaires et cest pour cette raison que je trouve intéressant de commercer par cela. Ce travail très fin peut être mené pendant lanalyse exploratoire : faire sexprimer lélève sur ses qualités, ses compétences dans sa vie quotidienne, lui faire dire, lui faire reconnaître en quoi ses différents savoir-faire pourraient lui servir à réussir en classe (acquisition de savoirs).
Pour ce qui est des difficultés rencontrés, je parle aujourdhui de difficultés ressenties. Pendant la négociation, il est important dêtre vigilant et dessayer daccrocher chez lélève les trois « facettes » dune personne. Je mexplique. Nous avons lhabitude de ne solliciter dans la réalité des événements et des faits quotidiens, quune de ces facettes : le comportement, le faire (faites, ne faites pas, écrivez, prenez vos cahiers. . .) cest dans le faire que va apparaître « apprendre ». La deuxième facette sollicitée cest la pensée, la réflexion (répondez-moi, . . . ). On ne le formule pas mais cest ce que lon attend des élèves : une certaine réflexion même si parfois on ne leur laisse pas le temps de le faire, ni même dexprimer ce quils ont réfléchi.
Par contre, la facette qui est rarement sollicitée cest elle des émotions, des sentiments. Dans la pédagogie de contrat, on prend le temps de le faire. Il sagit là de faire émerger les différents ressentis, les émotions en utilisant des expressions comme : « quest-ce que vous ressentez ?, jai limpression que vous êtes en colère, vous avez changé dexpression, de visage. . . ». Souvent on nose pas le dire mais pourquoi ne pas le dire ?
Lorsque lélève exprime ses émotions, ses sentiments, ses difficultés ressenties, ce sera différent de ce que le professeur pensait de ces difficultés. Dans la pédagogie de contrat, en étant au plus prés du ressenti, les goûts personnels pourront sexprimer et aideront ainsi à la réalisation du contrat. On rejoint en cela les réussites, les compétences dont je parlais précédemment.
En ce qui concerne la mise en place de la négociation des éléments du contrat, je propose de négocier la réalisation de la production finale. En effet, je pense quil est plus formateur pour un élève de négocier la réalisation de la production finale, car cest ce qui finalise le contrat, cest de qui concrétise la réalisation de lobjectif.
Là vous avez votre rôle à jouer, cest à dire : « je souhaiterais que tu me rendes un dossier, quest-ce que tu en penses ? ». Il est dailleurs souhaitable avant de dire ce que vous voulez, de lui demander à lui : « quest-ce que tu aimerais faire par rapport à cet objectif, une affiche, un dossier, un film, un dessin. . . » et vous aussi, vous proposez à ce moment là. Cest vraiment un échange, cest être vraiment partenaire.
Cependant quelles que soient les modalités de réalisation du contrat établi, élaboré ensemble, il faut toujours garder présent à lesprit la faisabilité du contrat par lélève. Je mexplique : pouvoir de temps en temps sarrêter, faire la pose pendant la négociation, revenir un petit peu en arrière et revoir avec lélève si ce qui est mis en place est réalisable par lui, autrement dit, confronter la réalité externe et sa propre réalité interne.
La pédagogie de contrat ouvre des portes : de la liberté, du choix, de lautonomie et il va de notre rôle de toujours confronter lenthousiasme, les rêves, les désirs des élèves à la réalité de la réalisation elle-même. Les partenaires du contrat, le professeur, le ou les élèves peuvent être amenés à le renégocier pour que soit toujours en phase : réalité externe et réalité interne. La pédagogie de contrat est une démarche de sortie de la passivité, lélève devient acteur dans la relation pédagogique.
Mais il faut aussi considérer que les élèves puissent avoir des temps de repos et quil puissent ne pas toujours être acteurs. Cest pour cela quil est important de vérifier ensemble quils ne sont pas en train de proposer, de faire pour en faire le moins possible. Lintérêt nest pas dans le refus ou dans lacceptation, il est dans la vérification, ensemble. Cest simplement pointer les choses, la pédagogie de contrat est une pédagogie de la prise de conscience.
Pour ce qui concerne la diffusion du contrat, il faut aussi en parler et elle peut se négocier car cela pose la question de savoir à qui nous décidons de faire connaître le contrat. Là encore nous sommes au niveau de la négociation. Cest un dialogue entre lélève ou les élèves et vous. Cela rejoint quelque chose dont je nai pas encore parlé à savoir : les règles de fonctionnement dun contrat.
En effet, il me semble quau départ de la négociation, avant même lanalyse exploratoire de la situation il y ait quelque chose à installer entre les élèves, lélève et vous : ce sont les règles de la contractualisation, cest à dire du fonctionnement du contrat car celles-là sont protectrices.
Parmi celles-ci il y en a une qui me semble fondamentale et particulièrement protectrice : cest la confidentialité. Elle est fondamentale car elle permet de lever des blocages, des obstacles pour certains élèves. Même si cela ne résout pas tous les problèmes elle est un garde fou, au vrai sens du terme. Il y a une sécurité, on est dans un lieu protégé et lélève qui le ressent peut alors parler avec moins ou sans peine.
Cette règle de confidentialité est bien sur à proposer en posant la question par exemple : « à qui mautorisez-vous den parler, de montrer le contrat ; ou le monter, en conseil de classe, au Principal, au professeur principal, aux parents, etc. . . » Il y a là de multiples réactions. Tout cela dépend du contrat lui-même, doù en sont les élèves. Certains sont daccords pour quil soit connu de tous, certains veulent bien que les professeurs, le Principal soient au courant, mais surtout pas les parents, etc. . .
Donc la confidentialité, cest la sécurité, la protection pour quils se sentent à laise pour sexprimer.
Deuxième règle à définir avec les élèves pour que la négociation soit riche, pour quexiste la communication, le dialogue : cest ce qui concerne la prise de parole. Il faudra demander aux élèves de faire quelque chose quils ne savent pas faire, cest à dire prendre la parole de manière organisée, gérée, car bien souvent, cela se passe dans les cris, dans limmédiateté. La règle devient ici légitime, car comment négocier, prendre des décisions en tenant compte des uns et des autres si on ne sécoute pas les uns les autres.
Cest une règle qui vaut aussi pour nous, car dans notre statut, dans notre rôle denseignant, il nous arrive de couper la parole.
« Pensez-vous que la pédagogie de contrat peut participer à léducation à la citoyenneté ? »
H. P. : « En ce qui concerne la négociation de contenus, dobjectifs, cest aussi offrir aux élèves une situation où ils vont formaliser, mettre des mots, verbaliser limaginaire cest à dire faire un véritable travail de symbolisation. Cette perspective est directement liée à mon vécu car je rencontre des élèves qui passent directement à lacte.
En effet, je travaille en accompagnement déquipes en innovation de la réussite sur la violence. Il y a des contrats passés avec le Ministère sur la violence. Je rencontre là des cas lourds. Ils passent de limaginaire, du désir : « jai envie de tuer » à tuer, « jai envie de casser » à casser, etc. . .
Les mots, il en ont, ils savent parler, mais ce sont des flashs, des actions parfois grossières. Tandis que la verbalisation, cest à dire vraiment construire des ponts, des passerelles, construire des relations, des liens entre « ce que jai dans ma tête dans mon imaginaire, mes désirs, mes envies », et laction, là, la verbalisation manque un peu.
La pédagogie de contrat serait un des moyens de réintroduire cela, un moment où lon prend le temps de mettre des mots sur les désirs et sur les choses, sur les actions, et ça je pense que cest lapprentissage de lautonomie, de léducation, donc de la citoyenneté. Cest à dire apprendre aux élèves à agir selon leurs propres besoins mais aussi, en même temps, en fonction des autres, dans le respect deux-mêmes mais aussi dans celui des autres. Nous retrouvons ici la mise en accord de la réalité interne avec la réalité externe.
Je pense que cest un des volet de léducation à la citoyenneté.
Je vous remercie
Halina PRESZMYCKI.
transcription : P. COHEN